Certains théologiens et certains écrivains chrétiens refusent le principe de la mort de Jésus pour prendre nos péchés sur Lui (rédemption). Pour eux, c'est révoltant de faire souffrir une personne à la place les autres. N'ont-ils pas compris que Jésus était Dieu, et que c'est Dieu qui prenait sur Lui nos péchés ? <<< cliquer (source IA)
Cette question touche au cœur même de débats théologiques majeurs qui traversent le christianisme depuis des siècles. Ces théologiens et écrivains (souvent associés à des critiques de la théorie de la satisfaction ou de la substitution pénale) ne rejettent pas nécessairement la divinité de Jésus. Au contraire, leur point de vue part souvent d'une perspective différente sur la nature de Dieu, de la justice et du sacrifice.
Voici comment se structurent les différentes compréhensions de ce mystère :
1. La vision décrite dans la question : L'auto-sacrifice de Dieu
Dans cette perspective, souvent liée à la théologie classique (notamment développée par Anselme de Cantorbéry au Moyen Âge puis reprise par la Réforme), l'objection de la « cruauté divine » s'effondre parce que Jésus et le Père sont un.
- Ce n'est pas un tiers innocent qu'un Dieu cruel punit pour apaiser sa colère.
- C'est Dieu Lui-même qui, par amour, assume les conséquences du péché humain pour rétablir la justice et la communion. Le sacrifice est un acte d'amour absolu et volontaire, non une injustice cosmique.
2. L'objection des théologiens critiques : Le problème du modèle relationnel
Les penseurs qui refusent cette vision (comme le théologien René Girard avec sa critique du bouc émissaire, ou des théologiens libéraux et féministes) estiment que même si Jésus est Dieu, présenter le salut sous forme de « dette de sang » ou de « punition nécessaire » pose problème :
- L'image du Père : Ils craignent que cela présente Dieu le Père comme un juge inflexible dont la justice exige la violence et la souffrance pour pardonner. Pour eux, le pardon véritable n'exige pas de compensation violente.
- La violence sacralisée : Ils soutiennent que projeter la violence humaine (le besoin de trouver un coupable) sur Dieu est une erreur. Selon eux, Jésus n'est pas mort pour apaiser Dieu, mais parce que la violence des hommes l'a rejeté.
3. Les autres manières chrétiennes de comprendre la Croix
Ces théologiens n'annulent pas l'importance de la mort de Jésus, mais ils l'expliquent par d'autres modèles théologiques, tout aussi anciens :
| Modèle théologique | Signification de la Croix |
|---|
| Christus Victor (Le Christ Vainqueur) | La mort et la résurrection sont une victoire cosmique sur les puissances du mal, de la mort et du péché, libérant l'humanité de leur esclavage (très présent dans la théologie orthodoxe orientale). |
| La récapitulation (Irénée de Lyon) | Jésus traverse toutes les étapes de la vie humaine, y compris la mort, pour diviniser la nature humaine et la restaurer de l'intérieur. |
| L'exemple moral (Abélard) | La Croix est la manifestation ultime de l'amour de Dieu, destinée à toucher le cœur des humains et à les transformer par l'émotion et l'inspiration, les poussant à se repentir. |
En somme, le désaccord ne vient généralement pas d'un manque de compréhension de la divinité de Jésus, mais d'un conflit sur le sens profond de la justice divine. Pour les uns, la justice exige que le prix soit payé (et Dieu le paie Lui-même) ; pour les autres, la justice de Dieu se manifeste par un pardon pur et direct, qui dénonce la violence des hommes plutôt que de l'utiliser pour sauver.
Ceux qui rejettent l'idée que Jésus est mort "à notre place" ne contestent pas sa divinité. Ils refusent simplement un scénario où Dieu aurait besoin de recourir à la violence ou à la punition d'un innocent pour libérer sa capacité de pardonner. Pour eux, la croix n'est pas le lieu d'une transaction pénale, mais la révélation ultime d'un Dieu d'amour qui préfère mourir de la main des hommes plutôt que de les condamner.